Mission : Glacier et tsunami en Argentine


Depuis la ville touristique d'Ushuaia et surtout depuis la ville de Puerto Williams encore plus au sud, nous remontons vers le Nord le long de la côte atlantique jusqu'à Rio Gallegos, puis rentrons dans les terres afin de nous approcher des Andes et de notre prochaine mission qui aura lieu de l'autre côté, au Chili.

Alors que nous nous reposons dans la ville de Calafate, porte d'entrée vers les expéditions touristiques vers les andes et le célèbre glacier Perito Moreno, nous sommes contactés par la radio locale (Radio Ahora Calafate) qui a entendu parler de nous et veut nous inviter de son émission en direct ! Nous nous y rendons donc, et armés de notre meilleur espagnol nous expliquons notre action mais précisons que nous n'avons pas de projet dans sa ville (ci-dessous, la vidéo - et sous ce lien, vous pourrez écouter l'interview en intégralité et sous celui-ci, vous pourrez lire l'article).

A l'instant où nous rendons l'antenne, le producteur nous fait signe : un scientifique lui a téléphoné durant l'emission et tient absolument à nous rencontrer, lui aussi ! Qu'à cela ne tienne, nous le retrouvons au Centre d'interprétation des glaciers de Patagonie.

Luciano, le directeur du Glaciarium, le centre de recherche en glaciologie associé au Musée de la Glace, nous explique avoir eu une révélation en nous écoutant ; il se trouve que le directeur scientifique de son Centre de Recherche, le Professeur en glaciologie Pedro Skvarca, manque de données aériennes pour l'un de ses recherches !

Pedro et Luciano nous présentent le contexte : à l'inverse du glacier Perito Moreno qui se laisse admirer par des milliers de touristes chaque année, le glacier Upsala est quant à lui interdit de visite car situé dans la réserve naturelle de Los Glaciares. Le seul moyen de l'apercevoir est de rejoindre par bateau la luxueuse estancia (auberge) Cristina, installée à près d’une heure de marche du glacier. L’intérêt scientifique du glacier Upsala ? Il est connu pour le recul de son front glacier impressionnant : en 70 ans, 12 km de glace se sont fissurés puis effondrés, les débris de ce glacier tombant dans l’eau en morceaux plus ou moins gros – les icebergs –, et s'éloignant en flottant doucement, jusqu'à finalement fondre à mesure qu’ils rejoignaient des températures plus chaudes.

Or ce recul impressionnant – comme le recul de tous les glaciers du monde – entraine plusieurs conséquences que les scientifiques ne parviennent pas encore à anticiper correctement. L'Upsala est en effet encadré par deux montagnes, et lorsque la glace s'est retirée les deux pans de montagnes se sont retrouvés « à nu » : plus maintenus par la glace, ils se sont retrouvés à l’air libre. Une partie de la montagne à l’ouest ne l’a pas supporté, en en février 2013 un pan entier s’est effondré ; le glissement de terrain fut tel qu’il a entrainé un tsunami de plus de 15 mètres ! Heureusement il n’y eut aucun blessé, car il n’y avait personne dans ce parc naturel protégé.


Pourtant ce glissement de terrain est inquiétant, c'est pourquoi Pedro Skvarca nous propose de réaliser un DEM - Digital Elevation Model, ou modèle tridimensionnel de terrain - de la partie restante de cette montagne effondrée ainsi que des environs du glacier, afin de pouvoir prévoir les futurs glissements de terrain en comprenant ce qui s’est exactement passé à l’abri des regards, en février 2013. Bien sur, nous acceptons !


Sauf que pour ce faire, il nous faut obtenir une autorisation de survol par le responsable des parcs naturels. Pour une fois, nous avons pu admirer les talents de persuasion des glaciologues : en quelques heures, l'autorisation - à l'origine impossible - était obtenue !

Nous pouvons maintenant préparer le survol. Vue la surface à modéliser, nous prévoyons cinq heures de vol. Afin de rejoindre la zone et d'en revenir, nous prévoyons une base à mi-distance à l'estancia Cristina, à deux heures de vol de l'aéroport. Au total, deux bonnes journées de travail donc !


Après trois jours à attendre la météo parfaite, nous décollons et quelques heures plus tard, nous rejoignons enfin le glacier. Majestueux. Un mur de 40 mètres de haut et de 50 km de large, à pic, nous fait face, et au dessus de ce mur le glacier, cette mer de glace à perte de vue – ce champ de glace sud de Patagonie, comme il se nomme - qui donne l’impression de ne plus exister. C’est ici l’automne, le glacier arbore des couleurs blanche et turquoise, et les pans de montagnes « libérés » de la glace se sont parés d’arbres aux feuilles rouges et orange. Au moment de photographier le front de la montagne dont une partie s'est effondrée, on ne peut s'empêcher de réprimer un frisson d'angoisse... Quelques heures magiques de survol au dessus de ce sublime glacier, à effectuer le premier millier de photos qui, s'ajoutant à celles que nous effectuerons le lendemain, seront nécessaires à la construction du modèle 3d.


Après cette première journée, nous rejoignons l’estancia cristina pas si loin de là, chez qui nous avons pu amerrir : pas de piste d’atterrissage bien sur, puisque la zone est interdite de survol. Mais grâce à nos flotteurs, nous pouvons nous poser sur l’eau, à un endroit où il n’y a ni vent ni courant – à l’abri d’une montagne -, puis rejoignons la zone de campement. Nous avions prévu de bivouaquer devant l’Ulm attaché à des cailloux par des cordes, mais les travailleurs de l’estancia nous ont convaincu de les rejoindre pour un asado – un énorme barbecue – et nous ont même libéré un lit, pour qu’on passe la nuit au chaud ! C’est en trouvant la glace le lendemain matin qui recourait les ailes de notre machine, qu'on a réalisé qu’on n’aurait sans doute bien peu dormi avec ses températures négatives… Une fois le soleil levé, nous attendons une petite heure que la glace fonde, et c'est reparti pour une nouvelle journée d'exploration photographique ! Avant de décoller nous avons la chance de rencontrer, par hasard, un photographe professionnel qui accepte de nous photographier depuis la base Cristina ! Si vous pouvez admirer les photos ci-dessous, c'est donc grâce à lui et à sa caméra avec un énorme zoom :)


Il faudra encore quelques semaines, voire quelques mois, avant que le modèle 3d définitif ne soit construit à partir des milliers de photos géolocalisées : le travail est loin d’être fini. Mais nous pouvons tout de même vous présenter un premier travail préliminaire, ci-dessous, pour lequel nous sommes appuyés sur notre partenaire Bentley systems.


NB : Un magazine a depuis été édité qui raconte en encore plus de détails cette mission. Si vous désirez le lire, il est ici : magazine.


Etape à l'estancia, puis décollage entre les petits icebergs vers le glacier Upsala

Survol du glacier et du mur effondré, et prise des photos qui serviront aux modèles 3d

Retour à Calafate, épuisés et trempés ! Et pour le plaisir, la photo d'un petit coeur caché entre les montagnes - l'amour est partout !

Modèle 3d préliminaire du mur effondré à l'origine du tsunami

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